Un petit tour du monde pour ces nouvelles de l’hiver 5226-27. On pourra le suivre en cliquant sur la carte avec frontières récemment mise en ligne. Celle des maisons impériales pourra également s’avérer utile. Bonne lecture.
Le pays n’a pas été épargné par les désastreuses récoltes mais a coutume d’affronter des situations extrêmement difficiles grâce à ses ressources de chasse et pêche. D’autre part, il bénéficie d’une étroite alliance avec le R.C. d’Evriand qui a lui-même été relativement épargné par le fléau alimentaire. Les deux couronnes sont intervenues de concert avec l’I.T.G. pour éviter des tensions sur les prix agricoles en asséchant les disponibilités monétaires, en rehaussant le crédit, et en organisant quand il le fallait des distributions de nourriture. Les ressources halieutiques ont été employées au maximum : à Blackrum, Lastbridge, Portown, les fumeries de poisson ont plus que doublé leurs ventes. La Couronne de Wejlar a également financé des expéditions de pêche dans les mers gelées du grand nord qui sont généralement évitées à cause de leurs difficultés d’accès et servent ainsi de réserve face à la famine.
Depuis la libération de Ganarbe, le pays jouit d’une paix certaine mais fait en même temps face au défi de l’inclusion des descendants de la longue période de peuplement orc et en particulier des innombrables demi-orcs qui en sont issus. La partie orientale du Wejlar développe ainsi un particularisme qui en fait une sorte de contrée des demi-orcs, ce qui n’est pas forcément bien accepté dans le reste du pays qui a par le passé été maintes fois ravagé notamment par les orcs. Toutefois, ce peuplement bien particulier est appuyé et protégé par le duc Fafnyr de Ganarbe qui a de facto autorité sur l’ensemble du nord-est wejlan et qui est lui-même entièrement soutenu par la Couronne. En outre, l’Ordre de Kalderland, voué à défendre la frontière avec la Great Anarchy, accepte indifféremment les demi-orcs dans ses rangs et a même envoyé certains d’entre eux se faire ordonner paladins à Lone Abbey.
L’apparition récente dans ces contrées d’un dragon qu’on dit énorme et fort âgé a toutefois soulevé plusieurs questions. Certes, il ne résulte pas de l’Ohar’s Scroll l’interdiction aux dragons de diriger un fief ou même un pays et ce cas existe ou a existé dans nombre de lieux. Cependant, il se trouve que ce dragon, extrêmement puissant, préexiste à l’Ohar’s Scroll, et qu’il est apparu dans la vallée dite d’Angalline, au fin fond d’un territoire qui fut autrefois l’Orishal, sorte d’expérience d’état pro-draconique. Plusieurs voix se sont élevées à la Cour de Ganarbe et même à Vizinov au sujet de la crainte de voir réapparaître une forme de souveraineté draconique dans une région déjà bien tourmentée et par ailleurs non éloignée du Kelngurth (pays des dragons dans la vallée d’Arlve). Le roi Sathrin de Krynnlann a ainsi fait part de sa préoccupation, la vallée du dragon étant proche de l’important noeud routier de Swerengen qui se situe au débouché de l’Old Reaches Road, formant la partie nord de l’itinéraire de la Transkrynne, elle-même route déterminante de la fortune des nains. Les dragonslayers de Chemnarg ont déclaré qu’ils étaient prêts à intervenir si la situation le justifiait. Ceoendant un message du très vénérable Royal & Ancient Wyrm de Kelngurth à leurs Majestés Rhunring de Wejlar et Sathrin de Krynnlann a apaisé les craintes tout en mettant en garde contre une action inopinée des Chemnargiens. Le fait est que tant que le mystérieux dragon demeure dans sa vallée, il n’y a pas réellement lieu de s’alarmer mais on ne peut méconnaître les légitimes frayeurs que pareille présence peut susciter.
Le baron Dashmar de Clev a demandé des crédits aux deux couronnes pour fortifier Swerengen, ce qui semble assez difficile car son emplacement est plat et au milieu d’une plaine, ce qui est précisément la raison de l’implantation à cet endroit d’un noeud routier ; le baron a néanmoins demandé aux Krynn de lui préparer les plans d’une forteresse anti-draconique, sans qu’on sache bien s’il entend en payer lui-même le coût.
Face à la famine et aux compensations que les ressources maritimes lui offrent, le roi Karl-Maria III de Marn, pays totalement enclavé dans les terres, a frappé du poing sur la table en déclarant qu’il n’était plus admissible que son royaume ne dispose pas d’un accès à la mer. Le fait est que le Kohrland assura longtemps cette fonction, y compris à l’époque de la Confédération, via un traité particulier, dont le bénéfice fut par la suite transféré au Wiestmark et dont a hérité l’actuelle Mulgorge. Or il est peu probable que Mulgorge s’en défasse gracieusement au profit du monarque marner ni que la reine d’Evriand ou le duc de Miribar soient disposés à lui céder les ports de Ley ou de Mirba. Mirba est en alliance commerciale avec le Havener, Holderin et le bas-Kohrland (appelé Kohrpalar en Wejlar, dont il est par ailleurs vassal) et Ley est le principal port d’Evriand, le seul capable d’accueillir en nombre de grand navires.
Le recours des marners à la force apparaît difficile sauf, éventuellement, pour obtenir Mirba ; viser les autres autres ports entraînerait une guerre avec Mulgorge ou bien avec l’ensemble Evriando-Wejlan, ce qui serait non seulement téméraire mais induirait des coûts disproportionnés par rapport au but recherché.
Dans l’hypothèse d’un conflit avec Miribar, Holderin demeurerait sans doute aussi imprenable que par le passé et les marners éprouveraient également quelque difficultés face au Havener, mais rien d’insurmontable ne s’oppose à l’envahissement du Mirbaïc. L’Evriand serait alors évidemment tenté d’intervenir pour secourir son voisin méridional et sans doute, en cas de succès, afin d’établir ensuite une sorte de protectorat reconstituant à son profit la partie centrale de l’ancienne Confédération. C’est peut-être le piège que lui tend le roi Karl-Maria de Marn qui aurait du même coup beau jeu de dénoncer une sorte de résurgence d’un Grand Wejlar menaçant l’équilibre de l’ouest du continent afin de rompre l’alliance evriando-lowenlander voire de gagner l’appui de Mulgorge, quitte à embraser l’ensemble de l’ouest dans un conflit de grande ampleur. Toutefois, à l’heure actuelle, la plupart des diplomaties semblent estimer qu’il ne s’agit que d’un énervement supplémentaire d’un souverain vieillissant dont le règne n’a pas été épargné par les difficultés.
Une conférence diplomatique s’est tenue à Zevjapuhr entre des représentants de ce pays et de ceux de Mulgorge, Ostmark, Okhpuhr et Lowenland pour tenter de mettre un terme à la situation actuelle en Isenheim.
L’état lamentable de ce qui fut un havre de prospérité entre Lowenland, Empire et Zevjapuhr fait peine à voir. Le pays est une anarchie livrée aux mains de bandits de tout acabit, dont les profits sont écoulés chez ses voisins, à Zevjapuhr, en Mulgorge, et dans la petite principauté d’Ostmark.
Le prince d’Ostmark a abdiqué en faveur de son fils adoptif Ghedon Ier, qui dirige aujourd’hui le pays d’une main de fer en s’appuyant sur les Cinq Cultes Officiels d’Hecate, Hadès, Frigga, Hermes et Infernaux (les cultes de Silvanus, Kakatal et Straasha étant par ailleurs tolérés). Il est notoire que le produit des pillages de l’Isenheim a été source de grand bénéfices à la principauté.
La Légacie de Zevjapuhr s’est dite préoccupée par la contrebande qui sévit sur ses frontières avec l’Isenheim, en quoi elle a été rejointe par le Sultan d’Okhpuhr. Mais c’est surtout la quasi-disparition des échanges commerciaux avec l’Isenheim et la spirale du déficit alimentaire dans ce qui fut une des plus belles terres agricoles de l’ouest qui consternent ces deux pays, eux-mêmes fortement plombés par les conséquences qui en résultent.
Le projet émergeant de cette conférence consisterait en l’instauration d’une république en Isenheim, dont la mise en place serait confiée au prince d’Ostmark, qui semble capable de rétablir un ordre jugé par tous nécessaire et dont le pays est perçu comme suffisamment limité pour ne pouvoir menacer les autres. Le nouveau prince d’Ostmark a établi des contacts avec les « principaux potentats fiables » demeurant en Isenheim, dont il s’est assuré du soutien. De son côté, Zevjapuhr aurait obtenu des assurances sur la liberté des routes vers Locanhom en Lowenland et la reconstruction de la cité de Tangrune en tant que ville libre et siège du pouvoir politique.
Ce projet, étonnamment bien avancé, prévoit que le pays serait gouverné par une dyarchie : un comte (Graf) Gouverneur et un comte Protecteur, nommés pour quatre ans et assistés pour la même période par un conseil exécutif (Handelsrat) de six membres chargés des cultes, races non humaines, police, intendance et secrétariat général, finances, diplomatie. Ce conseil et la dyarchie émaneraient directement d’un corps électoral (Wahlrat) en nombre très restreint (moins d’une trentaine) d’électeurs représentant des personnes, des maisons, des clergés et des corporations, et dont le titre serait transmis par voie héréditaire ou coutumière. Les dyarques pourraient recourir à la dictature pendant un an renouvelable une fois avec l’accord du conseil. Le prince Ghedon s’affirme capable de mettre tout cela en place en moins de deux ans en recourant initialement à la dictature.
A l’instar d’Isenheim, le Farxel a énormément souffert de la famine, peut-être plus qu’aucun autre état au monde. Le pays est méconnaissable. Selon un ministre vizaner, le prétendu phare de la civilisation humaine dans le sud-ouest ressemble de plus en plus à une annexe du Tangut.
Ce qui passait pour le grenier agricole du quart sud-ouest du continent est devenu déficitaire au point que se multiplient les contrebandes de riz vizaner ou de seigle inghelien. Les Ritters ont su se replier sur l’autarcie de leurs castels et des terres environnantes, mais dans le reste du pays, en particulier à l’ouest, l’insuffisance agricole dépasse les 30%. Entre Jagde, Malvois et Almeria, un très grand nombre de terres sont carrément laissées à l’abandon ; dans ces villes on meurt en pleine rue, de faim mais surtout des maladies induites par les privations.
Les plus riches s’en sortent mais non les plus pauvres, massés sur les côtes où la famine pèse moins. Beaucoup émigrent, quitte à accepter de devenir des travailleurs semi-esclaves en Tangut ou Vizan. Les récoltes sont jalousement conservées par les locaux, qui entreprennent de les défendre avec les forces d’un potentat du coin ou de milices qui se moquent d’un pouvoir central partout déconsidéré. Les vicaires de la Montagne Divine ont autorisé les clergés farxlans des cités dépourvues de réserves alimentaires à faire usage de moyens surnaturels pour venir en aide au peuple selon une rotation hebdomadaire. Du coup, dans ces villes, des foules se massent autour des temples dont les prêtres procurent le nécessaire pour survivre.
Le gouvernement de Qwellis ne parvient pas à redresser la situation face à l’inflation des prix agricoles. N’ayant ni anticipé ni réagi avec célérité, il n’a pas garanti ni soutenu les enchérisseurs farxlans qui ont été battus par leurs homologues thûzz, vizaners, avrossians, voire même impériaux sur les places de marché tangutiannes : le riz altanien, l’orge valoner ou le blé viridien ont été vendus à d’autres.
Dans certaines villes, le pain d’une livre a dépassé un demi-denier : une demi-journée de travail. La structure politique du pays paraît en voie de décomposition, ressemblant de plus en plus à une sorte de fédération de cités et féodalités. Le principal effort gouvernemental porte sur le maintien de l’ordre et la lutte contre les pillards, bandits et autres contrebandiers. Plusieurs observateurs redoutent la survenance d’un dictateur qui engagerait le pays dans une guerre de survie alimentaire afin de s’emparer de réserves agricoles par exemple en Tangut ou en Vizan.
La situation n’est pas sans conséquence sur les pays voisins. Le Thûzzland, la République d’Avros, les principaux états du Tangut et le Vizan ont compensé entre eux, y compris avec l’appui de l’Empire, la disparition des exportations farxlanes. Aujourd’hui, ils partagent de semblables inquiétudes au sujet des risques induits par la fragilité de l’état farxlan et pourraient bien envisager de se coordonner à ce sujet.
Car l’isolement diplomatique du Farxel, notamment après une récente crise avec Avros dans l’affaire du canal d’Osport, est patent. Son habituel allié, l’Empire Naëmbolt, n’a plus de véritable politique d’alliance étrangère, d’autant que les relations entre les deux pays se sont beaucoup refroidies depuis l’invasion de l’Empire par les Thûzz, où le Farxel n’a pas un instant envisagé d’aider son ami Naëmbolt. Le Thûzzland est un fidèle partenaire plutôt qu’un véritable allié. Et la situation du Farxel commence à se savoir dans un Tangut où l’on pardonne peu la faiblesse.
Seuls les vieux rivaux tangutiens de Farath et d’Inghelis demeurent fidèles au Farxel pour lequel ils s’emploient : des navires pêcheurs de Sasserine vont même vendre directement leurs cargaisons à Bénévent ou Athnaïs. Enfin, à l’autre bout du monde, il y a bien l’Evriand dont la reine semble nourrir des sympathies certaines envers le Farxel ; mais l’autre bout du monde, c’est loin.
Alors que beaucoup estimaient que la crise majeure issue de la révolte des Bruce allait entrer dans une deuxième phase de violences, c’est au contraire un étonnant quoique peut-être bien fragile statu quo qui prévaut en ce moment en Empire Naëmbolt. Cette situation semble explicable par le temps nécessaire à chacun pour prendre la mesure d’une crise politique qui ne correspond plus aux clivages habituels du pays.
La Couronne s’appuie comme par le passé sur son armée, sur les guildes et sur les villes mais celles-ci apparaissent désormais très isolées car la baisse des rendements agricoles a transformé des différences en divergences.
L’énorme majorité de la population impériale vit en effet dans des contrées rurales, avec des villages ou des fiefs ayant pour principal abri le castel du seigneur ou quelque fortification commune ou plus rarement privée. Cette population a pour principale ressource alimentaire celles qui sont offerte localement et pour seule source de compléments un marché local. Les vicissitudes des cités reliées par de grandes routes au reste du monde et à ses marchés laissent donc de marbre paysans, pêcheurs, bûcherons ou mineurs qui mangent un pain ou une soupe qu’ils ont fait eux-mêmes ou qui a été confectionnée dans leur communauté ou village.
De leur côté les cités, avec leurs guildes et leurs bourgeois, veulent acheter de quoi se nourrir si les terres environnantes n’y suffisent pas, ce qui est en ce moment souvent le cas. Elles en ont les moyens financiers et raflent ainsi ce qui est disponible, quitte à renchérir le prix des produits agricoles. Ces interventions assèchent les marchés agricoles et empêchent toute compensation d’un territoire à l’autre en cas de famine. D’autre part, cela défavorise les plus pauvres et tend à l’inflation. Enfin, ces interventions épuisent les ressources monétaires des villes et guildes qui sont tout juste capables de conserver de quoi garnir défensivement leurs murs et de payer l’impôt.
Il y a donc désormais un empire des villes contre un empire des champs aux actions et intérêts très divergents ; or on sait que la couronne a nettement pris parti, fait et cause pour pour le premier. Beaucoup d’observateurs pensent que c’est une erreur ; voici pourquoi.
En premier lieu, le soutien d’état aux villes attise une tension inflationniste que l’International Trade Guild s’efforce de combattre dans le monde entier afin de maintenir les prix agricoles à des niveaux permettant d’éviter la famine, en quoi elle est de facto rejointe par des politiques aussi différentes que l’evriander, l’avrossiane ou la vizaner. Si Ilnaëmb s’amuse à faire ou laisser faire le contraire, elle encourt le risque que ces puissances économiques et politiques ne se coordonnent pour la sanctionner, par exemple par des barrages douaniers sur les denrées agricoles. Or l’activité diplomatique de l’Empire est pour l’instant voisine du néant.
D’autre part, la population urbaine, commerçante ou artisanale est très minoritaire dans l’ensemble du pays. La préférence impériale soude donc le peuple rural avec ses nobles, dont beaucoup n’ont rien du féodal indifférent aux souffrances de ses serfs que les bourgeois urbains apprécient de caricaturer. La révolte des Bruce a précisément montré que bien des seigneurs se soucient de leurs devoirs de sécurité autant que de subsides envers les démunis. Tout se passe comme si les conceptions d’un Kermegg II influençaient désormais davantage la noblesse, qui fut pourtant sa grande rivale, que sa propre descendance.
Au cours de l’an passé, l’hostilité des ruraux a contraint la couronne a protéger les villes par la force : ce fut certes une réussite, mais pour combien de temps ? Une telle protection est non seulement très onéreuse mais encore illégale : les légions n’ont aucune vocation à maintenir l’ordre intérieur. Pareil emploi , même avec l’autorisation temporaire du Parlement obtenue par la Couronne, reste contraire à la « constitution » impériale.
Certes la Couronne a ainsi vaincu les rebelles, mais la protection militaire des villes par les légions ne peut perdurer sauf à faire basculer le régime dans une tyrannie appuyée sur une armée qui ne le suivrait ni entièrement ni longtemps. Le Prince Consort John-Daniel Arveïn a donc seulement gagné du temps. Beaucoup de l’avenir dépend de qu’il va en faire. Mais le sait-il lui -même ?
Car les clivages apparus dans le pays qu’il gouverne sont inhabituels et surtout transversaux.
Côté Couronne, l’armée est divisée au sujet de la politique impériale, plusieurs légions ayant refusé de mener les opérations intérieures que lui commandaient le gouvernement impérial. Dans de nombreuses villes, telles Angwäven, Naù, Gorlech, Haldwarrow, Newerton, Keshamar, Blumwald, Rwandel, l’opposition à cette politique surpasse la crainte envers les nobles et les ruraux. D’autre part, beaucoup de financiers d’Ilnaëmb, Isablis, Orfajaz, Corontown partagent les préoccupations de l’I.T.G. et plus encore redoutent des sanctions douanières.
Mais ces transversales existent tout autant du côté des rebelles. L’axe Dilanovia – Orfajaz demeure parfaitement fidèle à la Couronne et avec lui les vastes territoires du Gaïko et du Stroelan méridional dont l’étendue interdit de facto à l’orient de basculer dans une sécession. Cette sécession heurterait aussi des maisons comme Eaglehunt ou Montaygue connues pour leur attachement à la légalité et à la personne impériale. Si l’ouest de l’Empire souffre moins que le reste, l’on y trouve pourtant certains des plus virulents contempteurs du trône, moins pour des raisons matérielles que pour des raisons éthiques: toutefois ces occidentaux n’ont eux-mêmes aucune raison d’approuver une partition de l’Empire.
La réflexion est donc de mise dans les deux camps.
Bruce de Naù, Bruce d’Old-Arwen, Zigmund de Johstarre, Berenar de Terrel, Eärmun de Dwavenstone, Erwin Chalkenmoon, Buliphar d’Eriendel, Morag d’Arkandahr : cela commence à faire bien du beau monde qui s’est réuni chez Erwindal de Colstone, lequel avait également invité le fameux général Edmund de Bergmale. Ce dernier leur a rappelé que leur grande faiblesse consiste en un éparpillement géographique qui n’est pas nouveau : pareille dispersion a déjà par le passé aidé Sulia Romov à mater les révoltes nobiliaires du règne de Nirag III. Or le même illustre Sulia Romov est toujours là, désormais Grand Maréchal d’Empire. Certes, le talentueux Edmund de Bergmale est à ranger du côté rebelle mais Romov est au moins aussi bon général que lui. Bergmale et Colstone sont donc convaincus que les forces rebelles seraient insuffisantes dans une guerre civile qui aurait en outre l’inconvénient de légitimer l’emploi par la Couronne des légions pour rétablir l’ordre intérieur, surtout si les rebelles se voyaient aidés par une puissance étrangère, ainsi qu’il en aurait été question.
A Ilnaëmb, l’ambiance est au tout va bien, business as usual, candeur et prospérité. Il y a eu une petite fronde de gens énervés par la famine pourtant efficacement palliée par l’Etat et quelques jeunes opportunistes aux dents longues ont cru pouvoir exploiter le mécontentement mais les choses sont rapidement rentrées dans l’ordre. Difficile de déterminer derrière les positions de façade si le gouvernement du Prince Consort a ou non véritablement pris la mesure des mécontentements et même de l’hostilité auxquels il est confronté.
Selon un bon observateur de la politique impériale, la situation ne pourra perdurer très longtemps : l’accalmie actuelle coïncide avec l’hiver pendant lequel chacun reprend ses esprits et des forces en examinant à froid la situation et en comptabilisant ses forces et faiblesses. Le temps joue contre les deux côtés : contre la Couronne parce que la sécurité de l’Etat et du commerce interdisent de continuer à gouverner un empire où le tiers des nobles et les deux tiers de sa ruralité font peser le risque une rébellion de grande ampleur ; contre les rebelles parce qu’ils ne peuvent rester longtemps crédibles en se bornant à grogner contre la Couronne sans agir concrètement. Lorsque le plus prompt ou le plus habile aura défini ses objectifs et cerné ses moyens, quelque chose va se passer, sans doute dans l’année qui vient.
Les tribus Uirs venues de Great Anarchy se comportent comme chez elles en Arkandahr, franchissant indifféremment ce qui a été une frontière pour mener leur lutte contre les Berviks. La bannière au troll décapité flotte sur Freax et sur Gnolls’ Torc qui sont de véritables annexes du Kaclandùch servant de base arrière à une violente guerre menée contre les berviks.
Au nord de Iolbec des hordes d’uirs épaulées par des bugbears et des trolls des glaces s’aventurent dans les redoutables marais des Gorgmoors pour tenter de déboucher en Hyarland, cette partie fertile et sédentarisée du Bervikelt située entre le côte et les monts d’Osmyr.
Entre les Gorgmoors et le non moins mal famé marécage de Iulmere, les cavaliers Uirs, assistés de spécialistes gobelins worg-riders et de puissantes forces d’archers et d’infanterie de soutien hobgobline, taillent des croupières aux nomades berviks pour s’ouvrir le passage vers l’Ogdenheim, centre du Bervikelt, qui est avec Hyarland l’autre terre agricole du pays. Le fait que le Bervikelt soit excédentaire au plan alimentaire, grâce à des récoltes épargnées et d’excellentes pêches, y est certainement pour quelque chose.
Ces succès méganarkiens semblent avoir donné des idées au Prince Morag d’Arkandahr désireux de réunifier sous sa couronne ce royaume sans roi. Car Morag a beau s’avérer l’incontestable héritier du trône d’Arkandahr, il n’y régnera que si son principal allié et tuteur de fait, l’Empire Naëmbolt, le reconnaît pour légitime monarque. Or ce dernier s’en abstient depuis des années, ce qui a fini par considérablement énerver le jeune Prince qui voit passer les années sur son royaume de facto démembré.
Iolbec est une quasi-colonie de l’Eriendel qui la soutient à bout de bras avec l’amiral (et la maison) de Colstone. Arcand est de fait une dépendance humaine des nains Norhazadims. Fréas-en-l’Isle et Keln’s Gate résistent par leurs seigneurs Palsandre commandant de la Marche d’Arkandahr, Mecklë comte d’Irluinn et Brizdür Comte de Kelnetür, indépendamment d’un pouvoir central d’autant plus inapte à les aider qu’il n’existe concrètement pas. L’autorité royale se limiterait donc à une frange méridionale du territoire comprenant Indremar et Hillbreak, concrètement les seules cités sur lesquelles pourraient régner Morag, à supposer qu’elles l’acceptent. Et encore Hillbreak est-elle de fait un protectorat impérial.
Personne, à commercer par l’impératrice Dandria Naëmbolt, n’a dans ces conditions envie d’aider le prince à rétablir son royaume, craignant de soutenir à ses frais un énième prétendant destiné à succomber après quelques années de règne comme tant de ses prédécesseurs. Le Bervikelt n’y a aucun intérêt non plus et Avros n’est pas la bienvenue en Arkandahr depuis le règne de Nirag III. Au plan local, Colstone est occupée à relier et repeupler ses différents fiefs et places fortes en important de la nourriture du Gaïko ou via Rwandel. Karnosz-Eaglehunt s’en tient à la politique de la Couronne qui n’en est pas une. L’Eriendel s’occupe déjà de soutenir Iolbec et Hillbreak et ça suffit comme ça. Les nains norhazâdims pensent de leur côté exactement la même chose. Quant aux elfes d’Ariandor, ils se montrent certes bienveillants envers Morag, mais certainement pas au point de sortir de leur forêt pour ses beaux yeux.
Le Prince Morag a donc pris langue avec l’actuel Trollwarkhan du Kaclandùch, un Bugbear dénommé Zuomirek qu’on dit shaman et avec plusieurs leaders uirs dont le chef Bojdarovo qui serait assez favorablement disposé envers lui. Les pourparlers visent à entériner une sorte de soutien politique à la couronne de Morag doublé d’un pacte de non-agression en échange de concessions permanents de terres aux tribus uirs, de l’abandon du tiers nord de l’Arkandahr à la règle du Kaclandush et d’un appui logistique via notamment Iolbec. Bien que destinée à combattre plutôt le Bervikelt, cette perspective est perçue comme un renversement d’alliance de l’Arkandahr qui hérisse les rois Toroïn de Norhazad et Ainaril d’Ariandor, mais aussi Bulciphar d’Eriendel et, bien sûr, le Bervikelt. Selon d’autres sources, il ne s’agirait toutefois que d’une manœuvre de Morag destinée à forcer la Couronne impériale à intervenir en sa faveur.
Cependant, en se déclarant du côté du parti des rebelles à la couronne impériale, Morag a réussi à inviter la question de son royaume dans les affaires intérieures de l’Empire. C’est un joli coup, certes risqué, mais qui lui offre plusieurs fers au feu, tout en complexifiant encore davantage la situation du Naëmbolt.

Un architecte en vogue
Décimer Trulle, architecte de bâtiments « harmoniques » avec la nature, a terminé la restauration du Grand Sanctuaire de Silvanus en Lyrwood. Il est pressenti pour construire un Temple du même à Dilanovia, pour lequel il envisage de ne pas utiliser d’arbres mais uniquement des bois morts, de la pierre laquée ou taillée en forme d’arbres, de l’ivoire et des ossements ainsi que du mortier et du torchis. L’architecte veut un sanctuaire qui apparaisse d’emblée ouvert à tous, à rebours des conceptions humano ou elvo-centrées. Les cartons et plans du projet montrent un vaste ensemble délimité par des barrières de buissons et d’ossements autour d’un temple circulaire en pierre de taille et mortier, décoré d’ivoire, d’écailles et de carapaces, doté d’un dôme en ardoise et verre. Autour, un réseau d’allées couvertes et d’autels en plein air ou dans des bosquets aménagés. Les bâtiments conventuels seront construits en torchis et piliers de pierre sous toiture en ardoise, l’ensemble étant à la fois solidifié et embelli par une laque en résine naturelle. Les premières réactions au projet sont mitigées. Décimer Trulle assure que « si ça ne se fait pas à Dilanovia, ça sera ailleurs, les offres ne manquent pas ».
Nouvelles de la Blood War
Les forces démoniaques auraient récemment remporté une suite d’impressionnantes victoires dans l’Eternelle Guerre qui les oppose à leurs confrères homologues rivaux des Enfers. Les généraux du Prince Demogorgon seraient très satisfaits et leurs armées jouiraient d’un repos qu’elles estiment bien mérité après avoir, selon leurs propres évaluations, occis des diables par centaines milliers centaines de milliers. On sait toutefois que les communiqués des démons sont systématiquement victorieux dès lors qu’ils survivent assez pour revenir aux Abysses afin de les émettre. On peut aussi considérer que le simple fait qu’il existe un communiqué suffit à démontrer l’existence d’une victoire des démoniaques.
En effet l’Eternelle Guerre (ou Blood War) entre Abysses et Enfers, dont les origines sont aussi obscures que controversées, prend ordinairement la forme d’une offensive des premiers contre les seconds, l’inverse ne procédant en général que de raids ou opérations d’invasion ponctuelles. La bataille typique voit une posture défensive des infernaux supportant le choc des hordes abyssales, les premiers s’étant préparés pour occire suffisamment des seconds pour qu’ils ne puissent l’emporter par le nombre avant de les contre-attaquer ensuite pour éliminer les survivants. Du coup, le simple fait que des démons réussissent à revenir chez eux témoigne d’une certaine réussite.
Mais, même en cas de victoire offensive, le camp envahisseur ne prend jamais durablement pied chez l’ennemi, se contentant de s’exclamer triomphalement vainqueur et de piller ce qu’il y a à piller avant de finir par repartir chez lui. C’est ce qui semble s’être une nouvelle fois produit.
