Présentation | Histoire du Tangut : 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; Appendice | Territoires du Tangut actuel | Cartes
C’est bizarrement la Great Evil Coalition qui va donner une nouvelle chance à l’empire de Tangut en la personne des frères Wohrm et Wohrom Vorundal, Ritters de Farxel, descendants lointains de l’empereur Ashalvorth, un des aieux de Dalgir. En 4881, Wohrm combat aux côtés des thûzz de Merin XIV tandis que son frère Wohrom est un des chefs de la cavalerie emmenée par Runnardj Safranti, tous vainqueurs de la Great Evil Coalition à la célèbre bataille de Hellgong.
Wohrm continue ensuite de s’employer aux côtés de Borim Ironhelm Tar Thunderhold, allié des thûzz, qui combattent notamment sous terre. Il va s’illustrer sur maints champs de bataille en épaulant ou en étant épaulé par les dzîrmeshs. Avec eux il reprend les Lakelands, l’Al’Tangu, le Qwerthilion aux monstres alliés de la G.E.C. Il est des libérateurs du Valoner, du Modroner où il rétablit la république indépendante imaginée par Génoros Tolcrède, de Csio où il rétablit dans ses pénates le roi Atrabiloran. Il est à Tarantis, alors proche de Vizan et de la G.E.C., au moment où elle retourne officiellement sa veste et répudie la G.E.C. pour s’allier à Avros.
Pendant ce temps, son frère Wohrom fonce avec les Thûzz, les Inghels de Runnardj Safranti, les montagnards des Lakelands et les elfes d’Uthryn vers le Viridistan en contournant les montagnes de l’Al’Tangu par la passe de Tel’Qa. Ils arrivent devant Viris où leur charge emporte une armée hâtivement rassemblée et mal commandée en l’absence du général Sissipish et ainsi contrainte de se réfugier dans la cité.
Safranti met le siège devant l’une des meilleures places fortes de Tangut gouvernée par le nouveau hiérarque de le G.E.C qu’est Gilibert Szeiheitt, sans engins de siège et sans blocus naval pour empêcher qu’elle se ravitaille par la mer. La garnison leur jette des quolibets et des coquilles d’huîtres pendant deux semaines, temps que mettra l’armée thûzz de Merin XIV à arriver sur place. Merin XIV hésite toutefois à donner un assaut qui s’avérera coûteux en effectifs. Il choisit finalement d’attendre le renfort maritime d’Avros et du Farxel en espérant que l’encerclement naval et la disproportion des forces conduira alors Szeiheitt à se rendre ou la ville à se révolter. Pendant un mois, Merin patiente en bombardant les murs avec ses catapultes. Lorsqu’il apprend le désastre de Sylph Island survenu le 28 Scorpion 4881, il n’a plus le choix : ce sera l’assaut.
L’excellence des ingénieurs thûzz et de leurs mineurs leur a permis de creuser pendant le siège plusieurs tunnels de sape qui vont grandement faciliter la prise de Viris. Deux brèches sont ouvertes le jour de l’assaut et la ville emportée en moins de trois heures de combat où Wohrom est au premier rang. Nirag Ier le Grand dira que le professionnalisme de l’armée thûzz au siège de Viris aurait dû impressionner davantage le monde en général et l’Empire Naëmbolt en particulier.
Au matin de l’assaut, avant l’aube, un commando d’elfes uthrynis s’est magiquement transporté en ville pour empêcher Gilibert Szeiheitt de s’approprier la Couronne et l’Epée impériales dont des agents tarentins ont opportunément révélé l’emplacement exact au roi thûzz quelques jours plus tôt. Pendant que Szeiheitt s’enfuit par des moyens magiques, Merin XIV entre en vainqueur à Viris, comme Einrik V de Farxel près de deux siècles auparavant. Et comme lui, il met la main sur les Attributs Impériaux de l’ex-empire de Tangut.
Après la victoire, le roi de Thunderhold évoquera avec son ami le roi de Thûzzland la situation politique du Tangut. Les deux souverains s’accordent à considérer que ressusciter et réunifier l’empire serait un atout précieux pour terminer la lutte la G.E.C. Chaque d’eux emploie un des frères de Vorundal, famille qui tient une légitimité à la fois historique par le sang et actuelle par les armes : ne pourrait-on les proposer et même les reconnaître pour empereurs ? On doit bien pouvoir retrouver quelque part dans le trésor de Qwellis le sceptre emporté jadis par Einrik le Cinquième pour réunir les trois Attributs ? Wohrom est chargé de le retrouver pendant que Wohrm, pressenti pour le trône puisque l’aîné, entreprend de suivre une formation accélérée de monarque.
Le Rittermeister Karlokran de Halsh consent à remettre à Wohrom le précieux sceptre en échange d’une promesse d’alliance entre Ritters et Tangut ; celle-ci est aussitôt ratifiée par son frère qui est donc couronné le 6 Pisci 4881 à Valon en présence de nombreux rois et ambassadeurs.
Ses hauts faits accomplis contre la G.E.C. confèrent au nouveau monarque un prestige considérable et il peut s’appuyer sur un système diplomatique articulant Ritters de Farxel, Thûzz, nains de Tangut et Avros, qui le reconnaissent pour légitime. Starstone, Blest, l’Ostianne, les Uthrynis, reconnaissent également le nouvel empereur. Même les Farath et Inghelis se mettent d’accord tant la renaissance d’un empire stable dans le vaste sous-continent paraît à beaucoup une bonne idée.
Mais beaucoup de monde n’est pas tout le monde. Les Altaniens ne veulent plus entendre parler d’un empire qui leur a coûté trop de guerriers. Les tharbriens du Qwerthilion ne croient plus à la capacité d’autrui de les protéger. T’lan, Lenap, le sud du Modroner, les rares zones civilisées du Ghinorea nourrissent de fortes réticences et attendent de voir. Tarantis a décidé de prendre le parti de l’indépendance et son roi Hedarick Ier refuse de reconnaître Wohrm. Le roi de Csio aimerait devenir roi de Caelia en échange de son acceptation. Gilibert Szeiheitt rappelle que Viris est capitale d’Empire et prétend à la dignité impériale au motif d’avoir épousé une fantoche du nom d’Aglazie Shordonazor qu’il déclare descendre directement du défunt empereur Aragloen.
Nourri de culture impériale, wejlane, occidentale, l’empereur Wohrm apporte des idées neuves. Il souhaite une autorité centrale, bâtie sur des symboles et un appareil d’Etat solide auquel il se consacre pendant un an, rétablissant le White Keep et les coutumes impériales, nommant des Comtes Baillis, formant des administrateurs, des légistes, recrutant des conseillers. Sûr de son prestige, désireux de montrer personnellement l’exemple de la pacification et de la réconciliation, il remet son sceptre à Starstone, sa Couronne à Valonne, et vient proposer son épée à Viris où il arrive en paix le 16 Leo 4883 et où il est promptement assassiné dès le 18.
Son frère, Wohrom lui succède et déclare aussitôt la guerre à Viris. Il a l’appui des inghels, ses amis de longue date, outrés par l’assassinat de Wohrm et auxquels il confie l’épée impériale. Mais Wohrom, s’il arrive sans difficulté devant Viris 13 Gemini 4883, ne réussit pas à prendre la ville bien défendue par un Gilibert Szeiheitt qui l’a secrètement réinvestie et qui peut compter l’appui du Vizan, maître des mers depuis sa victoire de Sylph Island. Car cette fois, Wohrom n’a pas les thûzz pour lui ouvrir des brèches face à un ennemi qui sait désormais comment il s’y sont pris. Un long siège apparaît inévitable.
Géographiquement, entre le Viridistan, l’Inghelis et Valonne il y a Csio. Wohrm ayant rétabli Atrabiloran sur un trône dont le G.E.C. l’avait chassé, il pensait que ce dernier lui rendrait la pareille. Mais Atrabiloran exigea d’être reconnu roi de Caelia en échange de son ralliement à la couronne de Wohrm. Or reconstituer le Caelia signifierait l’annexion par Csio de la moitié de la surface de Thunderhold, des deux tiers du Qwerthilion, de la quasi totalité du Modroner : autant de conditions évidemment inacceptables. Dès son avènement, Wohrm avait donc entamé des négociations compliquées avec Atrabiloran.
Or la situation militaire à laquelle Wohrom fait face change les données du problème en plaçant Csio en position d’arbitre. Si Atrabiloran se rallie au Viridistan, alors Tarantis et le Vizan les rejoindront et l’empire sera fichu. Par surcroît, Wohrom sait que son pays ne peut pas se permettre une nouvelle guerre civile, surtout en étant infesté de monstres laissés un peu partout par la G.E.C. D’une autre côté il ne peut pas trahir ses meilleurs soutiens d’autant que de toute manière Thunderhold n’acceptera jamais de céder aux exigences d’Atrabiloran.
Mais Wohrom a la chance de disposer d’un maître espion en la personne d’Aberdori Cullingmore qui s’est infiltré à Normoot où il a découvert que la position d’Atrabiloran est plus fragile qu’il n’y paraît. Atrabiloran, qui fut éjecté de son trône par Sissipish, hiérarque yuan-ti de la Great Evil Coalition, croit qu’il effacera ce peu glorieux souvenir en s’affichant en authentique descendant des rois draconiques. Il se fait donc régulièrement injecter du sang de dragon afin d’augmenter sa longévité et modifier ses traits, avec l’aide du Blood-Mage de sa cour Phrassor the Red. Wohrom en déduit qu’Atrabiloran est mentalement et politiquement fragile et n’osera pas jouer le tout pour le tout. Il annonce donc au roi de Csio qu’au cas où celui-ci s’allierait à Viris, il se retournera contre lui et fera de son royaume et de sa personne ses premières victimes, dusse-t-il y perdre sa couronne.
Atrabiloran a bien des défauts ; désagréable, pingre, égocentrique, mais ce n’est ni un sot ni un va-t-en guerre ; de sa mère, Braïma Quarserige, elle-même descendante d’un ancien Comte Bailli d’Al’Tangu, il a appris à aimer le pouvoir pour en faire quelque chose au service de son état : il entrera d’ailleurs dans l’histoire avec le surnom « The Ruler ». Atrabiloran réfléchit : même en admettant que Wohrom bluffe et qu’il le batte, jamais Viris ne le laissera ensuite s’emparer du sud du Caelia et jamais Thunderhold ne le laissera s’emparer du nord. Au moins cet empereur a-t-il des couilles et il serait plus opportun de tabler sur elles plutôt que risquer de tirer les marrons du feu pour Viris et Tarantis. Le 20 Virgo 4883, Atrabiloran et Wohrom signent un traité par lequel le premier renonce au Caelia et reconnaît le second pour légitime empereur de Tangut. Le traité prévoit que la fille d’Atrabiloran, dès qu’il en aura une, épousera le fils de l’empereur, dès qu’il en aura un, et que leur descendance portera le titre de roi de Caelia après celui d’empereur de Tangut. De son côté, Wohrom renonce à soumettre le Viridistan en échange de la restitution de l’épée Caladbolg, ce qui permet à Atrabiloran de passer pour le pacificateur du Tangut.
Le tandem Wohrom-Atrabiloran, l’axe Csio-Valonne, ressuscitant les temps de Nath et Harmentor, engendrent de grandes espérances. Wohrom va passer les dix années suivantes à guerroyer contre les débris laissés par G.E.C. dans son pays. Derrière lui, Atrabiloran tente de ressusciter l’état impérial mais peine à imposer une fiscalité centrale à des provinces habituées depuis des décennies à n’en payer aucune. Il se heurte aussi aux coûts faramineux des entreprises militaires menées par Wohrom et à la maîtrise de la mer par Tarantis, Viris et les pirates. Le trésor impérial a ainsi bien du mal à honorer ses engagements, plus encore à fournir à l’empereur les moyens de sa reconquête. D’autant que Viris et Tarantis ont vu là où le bât blesse et ne cessent d’encourager en sous-main barbares, monstres et humanoïdes à des raids ou invasions qui contraignent l’empereur à guerroyer encore et encore.
Après dix ans à cheval ou sur mer, Wohrom doit se rendre à l’évidence : malgré toutes ses gloires et sa science militaire, il ne réussira jamais à contrôler beaucoup plus de la moitié de son immense pays : il règne sur Valonne, Farath, Inghelis, Thunderhold, Csio, Modroner, Dahraun, Startonian, Uthryn et Lakelands, un partie des Al’Tangu et Qwerthilion ; mais pratiquement tout l’est du sous-continent, y compris la majorité du Ghinorea, ainsi que le Viridistan et les Altanies lui échappent. Son action pacificatrice s’avère néanmoins profitable à tous ; les grandes cités se relèvent, les traces des destructions dues aux guerres et invasions sont réparées, et il peut compter sur des appuis nains, elfes, voire même avrossians pour le secourir en cas de besoin. Même le Vizan salue son règne qui ramène globalement un ordre suffisant à permettre le rétablissement du commerce.
C’est au moment où il songe sérieusement à se contenter de ses impériales pénates qu’il tombe dans une stupide embuscade dans la vallée de l’Arborianne, au retour d’une expédition menée conjointement avec les nains Kosthianz cherchant dégager des routes commerciales traversant le Ghinorea. Les tangutiens font route vers le sud-ouest pour de rallier Valon afin de prendre du repos. Au sortir du marais du Calenvicar les Kosthianz ont quitté l’armée, suivant la rivière Famoran vers le sud pour rentrer chez eux. Le reste des tangutiens établit un bivouac pour passer la nuit du 14 au 15 Balance 4901 un peu trop près du marais.
La Hag (Guenaude) Snekemuide règne depuis des décennies sur le Calenvicar. C’est une puissante magicienne ayant pour compagnon favori un vieux et très particulier catoblepas au souffle empoisonné. Elle a aussi ensorcelé des shambling mounds et noué alliance avec une tribu d’une trentaine de trolls. L’un d’eux a confondu les troupes de Wohrom avec une caravane bien escortée qui se serait imprudemment approchée de chez sa maîtresse et s’empresse de l’en informer. Snekemuide décide alors de s’emparer de la caravane et empoisonne la rivière en aval du marais, dont l’eau est puisée par les humains pour s’abreuver et pour le repas du soir. Toute l’armée impériale, plus de trois cent hommes, est ainsi plongée dans un profond sommeil lorsque Snekemuide, juchée sur son catoblepas, survient avec vingt-cinq trolls et huit shambling mounds. Ce n’est qu’après avoir décimé un cinquantaine d’humains que la hag réalise son erreur mais elle ne peut alors plus reculer. Le souffle du catoblepas fait des ravages parmi les humains, les shambling mounds les taillent en pièces, les trolls achèvent ceux qui s’enfuient. Alors que Wohrom sort de sa tente et court au combat il est saisi par le regard du catoblepas et son coeur s’arrête de battre.
A peine vingt hommes survivent au massacre du Calenvicar. Deux d’entre eux, dont Zôr Klemzôr, le fidèle aide de camp demi-orc de Wohrom, ont récupéré le cadavre du roi avec son épée, l’impériale Galadbolg, avant que Snekemuide ne réalise qui elle a occis. Ils l’enterrent hâtivement à l’aube dans un endroit connu d’eux seuls. Pendant ce temps Snekemuide, en pillant le camp impérial, comprend ce qu’elle a fait ; elle invoque de toute urgence un esprit qui la téléporte chez un puissant mage elfe de Tula du nom d’Odolin, qu’elle sait avoir l’appui du grand diable Fleurety, et dont elle recherche la protection en échange d’une information d’extrême importance.
Odolin est un elfe des bois de la forêt de Fallgon en Ghinorea. Lorsque Iggwilv envahit cette région il se décida à sortir de sa forêt pour partir chercher fortune dans les basques de l’armée de la magicienne. Il déchanta rapidement, y étant traité comme la quantité négligeable qu’il était effectivement alors. Par la suite, il ne s’avéra pas assez puissant pour jouer un quelconque rôle dans la All Wizards War mais celle-ci lui donna l’occasion de s’acocquiner avec les puissances infernales conjurées par d’autres, au service desquelles il eut l’habileté de se mettre et surtout celle d’y survivre.
Petit à petit, Odolin devint un agent de premier plan des Enfers en Ghinorea. Lors de la Great Evil Coalition il croit son heure enfin venue mais le chaotisme de ses potentiels alliés et leur asservissement aux drows finissent par le dissuader à la dernière minute. Il choisit alors de prendre le parti opposé et obtient le soutien d’Avros pour tenir en Ghinorea et Ostianne un rôle d’agent dissuadant les monstres et humanoïdes de rejoindre la G.E.C. Il s’en acquitte fort bien et y gagne une belle demeure à Tula ainsi qu’une excellente réputation. Cette activité fait aussi de lui un spécialiste du polymorphisme et des charmes.
En lui apprenant avant tout le monde la mort de l’empereur, Snekemuide lui offre la possibilité de ce rôle de premier plan dont il a toujours rêvé, à condition d’agir vite. A quoi son pote Fleurety, expert d’un Tangut où il a roulé sa bosse et connaît pas mal de monde, va l’aider en échange de fortes et précieuses récompenses.
La nouvelle de la mort de Wohrom n’est pas encore parvenue à Valon qu’Odolin et Fleurety en personne, sous les apparences inoffensives d’une gouvernante et d’une femme de chambre, s’introduisent le 16 Balance 4901 dans le palais de la Régie. Ils s’emparent de Verom, le fils de Wohrom, et de sa fiancée Flockra, fille d’Atrabiloran, âgés respectivement de 7 et 8 ans, pour les tuer aussitôt. Ils réussissent ensuite à s’introduire dans l’appartement impérial où il tuent Veromir, le second fils de Wohrom, âgé de 4 ans, et sa mère, l’impératrice Lixia, après que Fleurety l’ait violée. Tous les Vorundal ont été exterminés. Après quoi Fleurety appelle à la rescousse le Pit Fiend Jaroxabuzor et ses barbazus qui entreprennent de ravager la capitale du Tangut pendant qu’Odolin pille la Régie à la recherche de la couronne et du sceptre impériaux. Après quoi, Fleurety alerte cette vieille connaissance d’Ancelgorn et le grand Gruumsh, avec qui il a passé des traités. Dès le lendemain les orcs du Purple Claw quittent le Dearthwood pour déferler sur Modron qu’ils prennent d’assaut le 21 Balance 4901, le jour même où la ville reçoit la nouvelle de la mort de la famille impériale.
Atrabiloran sonne le tocsin, appelant le Tangut entier à l’aide. Thunderhold et le Modroner répondent les premiers, suivis des rois de Brezad et de Croy ; tous veulent venger la mort de Wohrom, écraser les diables et les orcs à Modron puis libérer Valon. Certains exigent de châtier le Viridistan, bien que rien n’indique qu’il ait joué un rôle dans la mort de l’empereur. Vainement le roi Sunelinnë d’Uhtyn fait-il remarquer que tout cela apparaît très précipité, qu’on ne sait pas s’il existe un héritier du trône ni même si Valon est réellement occupée et par qui. Les tharbriens de Qwerthilion s’accordent à la prudence du roi aldaquendi mais partout ailleurs, de Starstone à Thunderhold, de Sasserine à Raldarest, on crie vengeance. En quelques jours un vaste plan est conçu par les stratèges de Borim Tar-Thunderhold et Atrabiloran : les marins de Modroner, Warwik, Brezal et Croy débarqueront à Tegek et approcheront Modron par l’est, l’armée de Thunderhold les rejoindra par la Roglaroon et approchera par l’ouest, le deux coordonneront ensuite l’extermination des diables et orcs encerclés. Les Throngs de Csio pénètreront en Deathwood pour châtier les orcs. Les Farathiens feront mouvement vers Valon de concert avec un corps expéditionnaire envoyée par Starstone. Les Inghels monteront à la frontière du Viridistan, prêts à l’attaquer à la moindre escarmouche.
Fleurety et Odolin conservent un coup d’avance. Les diables se téléportent avec les orcs, abandonnant une Modron en ruines. Ils rejoignent Ancelgorn the Black et ses orcs dans la vallée des Moonraker Moorlands où ils ont rallié les étranges bandits lycanthropes qui y sévissent d’ordinaire et qui connaissent et surveillent la région. Le 6 Scorpio, ils surprennent et massacrent l’armée naine en plein mouvement vers le sud. Fleurety s’offre même la volupté de décapiter personnellement le roi Borim et dont il donne la tête pour trophée à Ancelgorn. Au même moment, les Thongs de Csio se font harceler dans le Dearthwood par des zombies orcs dont les renforts semblent inépuisables. Quelques jours plus tard, les guerriers de Warwik et de Croÿ pénètrent dans une Modron incendiée et vidée de ses habitants.
De son côté, Odolin est parti rallier le Viridistan où règne Gilibert Szeiheitt. Il pense y être accueilli en triomphateur : il apporte le sceptre et la couronne de Wohrom qu’il a trouvé dans le palais de la Régie et en détruisant la maison de Vorundal, il a éliminé le principal obstacle au pouvoir de Gilibert. Ce dernier peut désormais se proclamer empereur de Tangut et, en remerciement, le faire roi de Valonne ou de Csio : il ne reste plus qu’Atrabiloran à éliminer et l’affaire est en cours ; après quoi tous les autres, y compris Tarantis, devront s’incliner.
Mais il découvre que Gilibert, après l’avoir couvert d’éloges, de remerciements et de cadeaux, tergiverse, hésite, demande du temps pour réfléchir. Or la seule chose dont Odolin ne dispose pas est du temps. C’est au contraire sa rapidité d’action qui a permis de prendre Valon puis Modron puis de battre Thunderhold. A chaque fois la surprise fut déterminante. Il faut dès maintenant, aujourd’hui même, tout de suite lancer le Viridistan contre Csio, soutenir Ancelgorn contre Thunderhold, contrer Starstone à Valon. Or c’est bien ce qui fait hésiter Gilibert, qui trouve que ça fait beaucoup, qui sait qu’en plus les Inghels se sont massés à sa frontière occidentale, qui préférerait donc compter sur une coalition, et qui doute que Blest ou Tarantis se rangent à ses côtés dans une guerre où il s’allierait aux diables. Surtout que la Great Evil Coalition, dont il fut hiérarque, c’était hier et ça n’a pas marché.
Pendant que Gilbert tergiverse, Fleurety commet sa seule erreur : il laisse Ancelgorn partir seul attaquer Thunderhold et se rabat vers Normoot en attendant le renfort du Viridistan. Mais cette attente laisse à Atrabiloran le temps d’obtenir l’assistance d’une famille de dragons rouges auxquels son émissaire, Phrassor the Red, promet d’énormes richesses s’ils viennent à son aide. Les Throngs coincés dans le Dearthwood ont été remplacés par les guerriers et soldats modroners venus venger la destruction de Modron et la cavalerie de Csio, les Equithrongs, n’a jusqu’alors pas été engagée. L’ensemble de ces forces se jette sur les infernaux et leurs alliés orcs dans la bataille de l’Eorlbane, juste au nord-ouest de Normoot. Malgré des pertes considérables, la supériorité numérique des Csiossans emporte la victoire et Fleurety repart gentiment aux enfers avec un confortable butin tout en promettant aux Purple Claws de revenir plus tard les aider. Il a cependant eu la courtoisie de prévenir Odolin de sa défaite avant que la nouvelle n’en parvienne à Viris. Odolin a juste le temps d’obtenir un dernier entretien avec Gilibert Szeiheitt pour l’assassiner promptement et se proclamer roi de Viridistan et empereur de Tangut en brandissant le sceptre impérial. Il prend le nom d’Odolin Szeiheitt en se faisant passer pour le fils adoptif de son prédécesseur qui a péri en victime d’un complot ourdi par l’affreux Atrabiloran de Csio.
Pour autant, aucun conflit n’éclate entre Csio et le Viridistan. Odolin sait bien que personne ne le croit roi légitime de Viridistan, moins encore empereur. Il n’a pas les moyens ni l’envie de conduire une guerre, s’occupant à asseoir son règne et à réduire ses opposants au silence. De son côté, Atrabiloran doit payer ses dragons rouges et recoure pour cela à l’emprunt, obtenant de maisons financières avrossianes de très larges crédits. Ce crédit lui permet même d’acheter les corsaires de Warwik et les marins de Croy et Brezal, afin qu’ils escortent ses propres navires et de payer des pirates pour qu’ils attaquent d’autres pavillons que le sien.
Rapidement, la coutume est prise en Modroner, Altanie, ou Thunderhold, de « passer par Csio » pour échanger ou exporter au long cours. Les marchandises sont ensuite déposées à Rallu ou Starstone où des navires de haute mer appartenant à des armateurs vizaners ou avrossians les chargent vers leurs destinations internationales. Ce système fait la fortune de Csio qui remboursera les banquiers en trente ans.
Même avec l’aide de Csio, Nurim de Thunderhold met quelques années à se re-débarrasser d’Ancelgorn. Il a un temps envisagé de proposer à Atrabiloran la succession de Wohrom mais renonce à ce projet à l’évidence voué à l’échec car le roi de Csio ne possèdent aucun des Attributs Impériaux quand Odolin Szeiheitt peut au moins de prévaloir de la couronne.
Depuis la mort de Wohrom, le monde entier était persuadé que l’épée Galadbolg avait été remise au roi de Thunderhold par les survivants du massacre du Calenvicar, ce que Thunderhold n’avait néanmoins ni démenti ni confirmé. En réalité, Zôr Klemzôr est allé chercher refuge auprès des Kosthianz qu’ils avaient quitté l’avant-veille. Le roi Berutszbur des Kosthianz a alors entrepris de récupérer la sépulture de Wohrom pour l’enterrer dans un mausolée caché dans ses montagnes de l’Overdoom. Par la suite, il préférera garantir sa tranquillité en affirmant ne rien savoir au sujet du sort de la dépouille du défunt empereur.
En 4908 une puissante divination commanditée auprès du clergé de Thoth par Nurim Ironhelm, nouveau roi de Thunderhold, révèle publiquement que le sceptre ramené par Odolin est un faux. Personne ne sait que le véritable sceptre a été trouvé par Snekemuide dans la tente de Wohrom après le massacre du Calenvicar ; elle l’a gardé en comptant d’abord s’en servir pour faire pression sur Gilibert Szeiheitt une fois ce dernier devenu empereur. Elle s’est cependant ravisée lorsque ce dernier a été assassiné par Odolin, comprenant que ce jeu devenait trop dangereux. Elle a depuis décidé de conserver simplement le sceptre au secret dans son trésor.
Finalement, chacun s’en retourne à ses propres affaires et intérêts particuliers. Lentement, l’anarchie s’installe dans ce qui fut l’empire de Tangut. Cinquante ans après la mort de Wohrom, cet état n’est plus qu’un souvenir chanté par les bardes1. Car les règnes des deux empereurs Vorundal, en particulier celui de Wohrom, roi guerrier, libérateur, à la fin tragique, constituent un matériau de choix pour des contes ou poèmes bardiques.
La résurrection de l’empire fera pourtant l’objet d’une dernière tentative. En 5116, un paladin de l’Empire Naëmbolt venu d’Orfajaz débarque à Raldarest, en Farath, tel un missionnaire ; il s’appelle Stephen Shohal et se dit guidé par Athéna et Osiris pour devenir le nouveau Connétable de Tangut afin d’y rétablir la paix, la justice, et la sécurité. Il mène une vie simple et austère. Il accomplit des miracles contre les manticores et les najas du Shinzuk, les morts-vivants des Plains of the Fallen, les gnolls des Barrowen. Petit à petit les farathiens, les valoners, les ghinoréens l’écoutent, prennent confiance en lui, le suivent car il reprend le flambeau de Wohrom en guerroyant contre les trolls, géants et kobolds. Auréolé de ses succès, ce mi-guerrier mi-prophète arrive devant les murs de Valon avec une petite suite : le clergé d’Athéna de la ville l’accueille et le proclame Connétable. Stephen le Preux parcoure les Lakelands où il soulève l’enthousiasme puis l’Uthryn où on le reçoit avec réticence tout en le laissant passer, reçoit un accueil triompha à Thunderhold, est acclamé à Modron, Brezal, Ossary convainc les Altaniens, reçoit l’hommage de Starstone ; il arrive devant Ermanarik IV de Csio qui lui propose de réunir les trois Attributs Impériaux pour devenir un nouveau Wohrom.
Un immense élan naît à la suite de ce personnage au charisme exceptionnel, bientôt chanté à l’égal de Wohrom dans des lais et poèmes qui lui sont consacrés. Le bien qu’il répandait autour de lui, sa justice, son aura, sa beauté : tout en faisait un héros qui suscitait partout sur son passage des partisans qu’on reconnaissait à la croix qu’il dessinaient sur leurs vêtements à l’imitation de celle qu’il portait sur les siens ; ce fut la Croisade de Stephen.
En 5117 il se présente devant les Overdoom Mountains où il convainc le vieux roi Berutszbur d’en terminer avec son mensonge et de lui confier Galadbolg. A cette nouvelle, annoncée par plusieurs clergés dans tout le Tangut, Farathiens et Inghels décident spontanément de s’unir autour de Stephen. Au cours de l’hiver, il pénètre par surprise avec quelques compagnons dans le palais impérial de Viris où il occit Odolin Szeiheitt et s’empare de la couronne impériale. Puis il repart à la recherche du sceptre, déclarant qu’il remettra ensuite les trois Attributs au digne empereur. Personne n’a jamais su qui Stephen pensait ainsi introniser.
Tout cela dura deux ans.
Suspect aux yeux des elfes d’être trop proche des nains ; menace pour Tarantis d’un illuminé qui s’allie Starstone ; haine d’Hautulin Szeiheitt the Green, fils et héritier d’un Odolin assassiné par ce prétendu paladin : les ennemis de Stephen ne manquent pas et ils sont puissants et impitoyables. Dans la nuit du 24 Virgo 5118, alors que Stephen est en expédition dans les Glowyrms pour rallier ses nomades à sa cause, une pluie de feu s’abat sur son camp, tuant à peu près tout le monde, y compris le Connétable. Son ami le haut-prêtre Malberg servant d’Athéna survit toutefois et le ressuscite ; surgit alors Hautulin Szeiheitt the Green, qui ne manquait en l’occurrence pas de panache, venu en personne défier le prétendu paladin pour venger la mort de son père. On dit que ce duel célèbre fut suivi des Dieux eux-mêmes. A la stupéfaction générale, Hautulin en fut vainqueur. Malberg eut juste le temps de subtiliser Galadbolg sur le corps de Stephen avant de disparaître, laissant Hautulin chercher fébrilement la couronne impériale dans les affaires du vaincu. Les cendres du Connétable furent dispersées dans la steppe des Glowyrms et avec lui sa croisade et l’espérance qu’elle avait suscitée.
On apprit bien plus tard que Stephen revenait d’une cité sainte du Karzuluth où il s’était rendu en secret et où lui avait été révélé l’emplacement du sceptre détenu par Snekemuide, devenue grand-cheftaine des Hags de Ghinor. Cependant les serviteurs d’un lieu saint voisin virent passer le Connétable et le reconnurent ; ils en informèrent Hautulin Szeiheitt qui déclencha son attaque avant que Stephen puisse s’en prendre à Snekemuide. On en déduit généralement que Hautulin ignorait que Snekemuide possédait le sceptre sinon il aurait eu intérêt à laisser Stephen le reprendre pour s’en prendre à lui ensuite. Cependant, il est certain que Hautulin a appris, à un moment indéterminé, que la grand-cheftaine des Hags détenait le sceptre. Or il n’a jamais réussi (ou ne voulu ?) le lui reprendre.

Hautulin Szeiheitt règne encore à ce jour à Viris où il est surnommé the Green Emperor. Il possède la couronne impériale. On affirme que le teint de sa peau, aux reflets verdâtres, témoigne d’une dévotion à Set. Personne ne le reconnaît pour empereur de Tangut, hormis lui-même. Cependant, il est généralement admis et reconnu pour roi du Viridistan.
L’épée impériale Galadbolg a été conservée par le clergé d’Athéna qui l’a secrètement transférée en Inghelis aux bons soins des barons Tamvoyl, lesquels l’ont déposée au trésor du Clingshall. Elle y est lourdement protégée.
Malgré des dizaines de tentatives de le lui voler, Snekemuide détient toujours le sceptre impérial Mycrétien avec lequel elle « règne » en Ghinor sur ses consoeurs et maintes créatures des marécages. Plusieurs tribus de trolls, kobolds et lizard men lui rendent hommage.
Valon ne s’est jamais relevée des désastres et de l’effondrement d’un empire dont elle avait été la capitale. Viridistan, Tarantis, Inghelis et Csio forment les principales puissances du Tangut qui demeure surveillé par Avros, Vizan, Farxel.
Le vaste sous-continent demeure une terre de libertés et de diversités, de mœurs et de civilisations différentes, particulières et changeantes. Ses grands espaces libres continuent d’attirer comme toujours réfugiés ou aventuriers. Le Tangut porte en lui cette impression de possibilités formidables, de richesses inépuisables, de passés à faire ressurgir ; ce sont souvent de dangereux mirages mais ils font aussi le charme d’une terre aux facettes innombrables.
______________________________________
La situation actuelle du Tangut figure dans la page consacrée à ses territoires.
1 — Les bardes jouent un grand rôle en Tangut, où ils sont très estimés et très utiles. Le barde exerce une fonction primordiale consistant à suppléer au manque de livres et au manque de gens qui savent lire et écrire.
Leur appartenance à un collège est secondaire, par rapport à un barde classique du reste de Derenworld. En Tangut, le barde est d’abord un individu, autour duquel gravite parfois une véritable petite entreprise d’auxiliaires, serviteurs, ou apprentis. Les bardes jouent un rôle de lettrés, d’érudits, de gens d’esprit, de transmetteurs de savoir légendaires ou exacts, bref : de savants de l’oralité. Ils doivent distraire autant qu’enseigner, se faire poète ou chanteur ou comédien ou musicien autant qu’érudit. Tout barde est un charmeur oral, maître de son art pour captiver son auditoire mais aussi pour véhiculer des connaissances. ↑