Bon ben voilà : le premier épisode de House of the Dragon s’avère une réussite telle qu’il se passerait de commentaires maintenant et sans doute aussi à l’avenir. Je vais d’ailleurs être bref parce qu’il suffirait d’applaudir et qu’être trop long risquerait de divulgâcher comme on le dit joliment du côté canadien de notre langue.
House of the Dragon est exactement ce qu’il fallait faire et pourtant ce n’était pas plus évident que le challenge auquel s’est de son côté attaquée Amazon. La différence entre les deux séries est à tous points de vue tellement flagrante que si j’avais regardé House of the Dragon avant Rings of Power, je n’aurais sans doute pas été capable de subir deux épisodes de la seconde. C’est carrément autre chose à tous points de vue et pourtant je ne mets certes pas l’oeuvre de Martin au même rang que celle de Tolkien. Mais G.R.R. Martin (qu’on ne présente pas), Condal (qui fut collaborateur de Carlton Cuse), Sapochnik (réalisateur de certains des meilleurs épisodes de GoT) et les gens de HBO savent ce que télévision veut dire. Ca veut dire, par exemple, avoir Tim Porter pour chef monteur, celui qui a officié sur the Battle of the Bastards où il a fallu cent heures de rushes pour élaborer cet épisode plusieurs fois récompensé, parce qu’un film se fabrique aussi voire surtout au montage. Quand tu as sorti The Wire, Succession ou Boardwalk Empire, quand tu as réussi des adaptations aussi relevées que Watchmen ou Game of Thrones, tu sais comment on s’y prend pour faire une grande série.
Tout y est. La qualité de la mise en scène, l’entrée graduelle et juste dans l’intrigue, le mélange des éléments connus avec ceux inconnus, les décors raffinés quoique sans ostentation qui laissent toute sa place à l’effet quand l’action l’exige, le retour de la musique de GoT, la formidable interprétation… le spectacle est tellement réussi qu’on a presque l’impression de pouvoir humer les odeurs des scènes. La tenue, le rythme et la progression du scénario sont remarquables ; on voit la qualité du matériau de fond servie par un découpage impeccable qui propose de très beaux moments comme par exemple un superbe parallèle entre enfantement et tournoi aussi bien filmés l’un que l’autre. Tous les comédiens sont bons avec Smith et Considine parfaitement justes, chacun habitant leur personnage dès la première séquence comme la toute jeune et épatante Milly Alcock, véritables locomotives d’un épisode qui pourrait quasiment faire un film à lui tout seul.
On a d’emblée l’univers martinien à son meilleur. Je le redis, tout y est : la violence, le sexe, l’amour, la tendresse, la politique, la mort, la rivalité… rien qu’en un épisode ! A l’évidence tous les éléments de la série, scénario inclus, ont été conçus pour le spectacle audiovisuel et ça marche parfaitement. Nul hiératisme stupide comme dans RoP, nul effet destiné à en jeter un max ou à faire plaisir aux censeurs, nulle caricature ou fausse note : tout paraît fluide, l’intrigue se déploie naturellement et logiquement, ses déterminants prennent place sans la moindre incohérence… Même les rares ellipses sont pure élégance. On est tout autant heureux en revoyant King’s Landing aux temps de sa splendeur qu’en plongeant directement au coeur du règne des Targaryens dont la série GoT avait conservé le mystère. C’est du grand spectacle qui ne prend pas les lecteurs pour des imbéciles ou le public pour des gamins demeurés. De la pure heroïc-fantasy devenue mature, du rêve en barres, un dépaysement total et tout paraît pourtant si proche de nous, tout sonne « tellement vrai »…
Le premier épisode est souvent le plus difficile, surtout quand on doit faire suite à une aussi imposant succès que celui de Game of Thrones. J’en ai rarement vu un aussi réussi. Pari gagné pour HBO qui mérite un grand bravo.